L’homosexualité vient-elle remettre en doute les desseins divins pour le mariage ? (Kevin DeYoung)

Il est difficile de ne pas en venir, après une lecture littérale de Genèse 1 et 2, à la conclusion que les desseins divins en matière d’intimité sexuelle ne sont pas relatifs à n’importe quelle combinaison de personnes, ni même à l’union de deux personnes de n’importe quel sexe, mais bien plutôt au fait pour un homme de devenir une seule chair avec une femme.

La remise en doute des desseins divins en matière d’intimité sexuelle

Ces dernières années, par contre, il y a des gens qui ont mis en doute le fait que cette lecture littérale du passage en question soit réellement aussi littérale qu’on le dit. Selon certains, Ève n’était pas tant le complément d’Adam qu’une simple compagne. Le problème qu’elle a réglé était celui de la solitude, et non celui de l’incomplétude. Et le passage ne dit‑il pas que la femme, contrairement aux animaux, convenait à l’homme parce qu’elle était semblable à l’homme, et non parce qu’elle était différente de lui ? Il se peut que l’expression « une seule chair » ne dépende pas d’un acte sexuel en particulier (ni même d’un acte sexuel en particulier (ni même d’un acte sexuel quelconque).

Après tout, Laban a dit à Jacob : « Certainement, tu es mon os et ma chair » (Ge 29.14), et les tribus d’Israël ont dit à David : « Voici, nous sommes tes os et ta chair » (2 S 5.1). Pourquoi insister autant sur une présumée « complémentarité » sexuelle alors que Genèse 2 ne mentionne nulle part la procréation ?

Selon ce raisonnement, le livre de la Genèse emploie l’exemple d’un homme et d’une femme formant une alliance selon les liens du mariage, mais en quoi cela ne pourrait‑il pas illustrer ce qui est normal plutôt que de prescrire ce qui est normatif ? L’union entre deux hommes ou deux femmes peut démontrer la même réalité consistant à partir et à s’attacher, ainsi que le même partage intime de toutes choses que nous constatons entre Adam et Ève dans Genèse 2.

5 faits bibliques au sujet du mariage qui découlent de Genèse 1 et 2

Aussi plausible que cette lecture révisionniste puisse sembler de prime abord, elle n’est pas conforme au profil précis du récit de la création. Au moins cinq faits nous donnent à croire que Genèse 1 et 2 établit les desseins de Dieu en matière de mariage et que ces desseins exigent l’intervention d’un homme et d’une femme.

1 La façon dont la femme a été créée indique qu’elle constitue le complément divinement conçu de l’homme

Dans Genèse 2.21, on voit le Seigneur Dieu prendre quelque chose à l’homme (l’une de ses côtes) pour en faire une aide semblable à lui (v. 18). Puis le verset 22 insiste sur le fait que Dieu n’a formé la femme ni à partir de rien ni de la poussière de la terre, mais bien plutôt « de la côte qu’il avait prise de l’homme ». Ce qui rend la femme unique, c’est qu’elle est semblable à l’homme (un fait exprimé dans l’énoncé d’engagement par alliance « os de mes os et chair de ma chair ») et qu’elle est distincte de l’homme. Ce passage garde en perspective la similitude et la différence. Adam est ravi que la femme ne soit ni un autre animal ni un autre homme. Elle est exactement ce dont l’homme a besoin : une aide semblable à lui qui est égale à l’homme tout en étant son contraire.

2- La nature de l’union en une seule chair présuppose le concours de deux personnes de sexes opposés

L’expression « une seule chair » désigne l’intimité sexuelle, comme le laisse entendre l’allusion à la nudité dans le verset 25. Voilà pourquoi Paul emploie l’expression « une seule chair » pour adresser une mise en garde aux croyants de Corinthe afin de les dissuader de « s’attacher » à une prostituée (1 Co 6.15,16). Les rapports sexuels unissent un homme et une femme en un seul être sur les plans relationnel et biologique. La similitude des personnes qui se livrent à une activité avec quelqu’un du même sexe qu’elles ne leur permet pas de former un seul être de la même façon. Le simple contact physique – comme se tenir la main ou mettre le doigt dans l’oreille de l’autre – ne suffit pas à unir deux personnes sur le plan biologique, pas plus qu’il ne suffit à les réunir en un seul être dans le but de remplir une fonction biologique. En commençant par « Voici » (ou « C’est pourquoi »), Genèse 2.24 fait le lien entre devenir une seule chair (v. 24) et la complémentarité de la femme comme ayant été formée d’une des côtes de l’homme (v. 23).

3- Seules deux personnes de sexes opposés peuvent réaliser les desseins procréatifs du mariage

Une des raisons pour lesquelles il n’était pas bon que l’homme soit seul tient au fait qu’il lui était impossible de refléter à lui seul les desseins que le Créateur a conçus pour le monde. Dieu a créé la végétation, les arbres, les poissons, les oiseaux et toute créature vivante « selon leur espèce » (Ge 1.11,12,21,24,25). Les plantes et les animaux devaient se multiplier chacun selon son propre genre. De même, Dieu a intentionnellement créé l’homme et la femme de manière à ce qu’ils soient féconds et qu’ils se multiplient (1.28). Or, si l’homme devait obéir à ce commandement, Dieu était dans l’obligation de lui procurer « une aide semblable à lui » (2.18). Bien qu’il soit vrai que la procréation n’est pas explicitement mentionnée dans Genèse 2, elle fait néanmoins l’objet d’un commandement direct dans Genèse 1 et est précisément mentionnée dans Genèse 3 par rapport aux conséquences que la chute a eues sur elle.

Le fait qu’il arrive parfois qu’un homme et une femme mariés soient incapables d’avoir des enfants pour cause d’infirmité ou de vieillesse ne change en rien les desseins procréatifs du mariage tels que décrits dans le livre de la Genèse. Par définition, le mariage est le genre d’union par lequel – si tout le système reproducteur fonctionne correctement – il est possible de concevoir des enfants. Par leur nature même, les unions homosexuelles ne répondent donc pas à cette définition, pas plus qu’elles ne peuvent accomplir ces desseins procréatifs.

Contrairement à ce que prétend un certain auteur révisionniste, la question ici n’est pas de savoir si la procréation est ou non nécessaire à la validité d’un mariage. La question est plutôt de savoir si le mariage constitue ou non – par nature, par dessein et par mission – une alliance entre deux personnes dont l’engagement en une seule chair constitue le genre d’union capable d’engendrer une progéniture.

Même si l’on aurait tort de prétendre que le seul but du mariage soit la reproduction ou que l’intimité sexuelle ait été accordée aux seules fins de cette reproduction, on aurait tout aussi tort de croire qu’il soit possible de définir le mariage correctement sans faire la moindre allusion à la descendance qui devrait résulter (et qui résulte normalement) de l’union en une seule chair d’un mari avec sa femme.

4- Jésus renforce lui‑même la normativité du récit du livre de la Genèse

En effet, lorsqu’on lui demande d’intervenir dans le débat entourant le divorce chez les Juifs – à savoir si le divorce est admissible dans tous les cas ou si un péché sexuel est seul à pouvoir rompre une alliance conjugale –, Jésus rejoint la position de l’école plus conservatrice de Shammaï en ne reconnaissant le droit de divorcer sous aucun autre prétexte que celui de la débauche. Pour bien se faire comprendre, Jésus rappelle d’abord à son auditoire que Dieu, « au commencement, fit l’homme et la femme » pour citer ensuite textuellement Genèse 2.24 (Mt 19.4‑6 ; Mc 10.6‑9).

Rien n’indique que Jésus fait référence au livre de la Genèse dans le simple but d’illustrer son propos. Dans l’esprit de Jésus, apporter une réponse à la question du divorce nécessite une bonne compréhension du mariage. Par ailleurs, pour bien cerner la nature du mariage, il faut retourner au commencement, où l’on voit Dieu instituer le mariage à titre d’union de toute une vie entre un homme et une femme.

5- La signification à la fois rédemptrice et historique du mariage à titre de symbole divin dans la Bible ne fonctionne que si le couple marié est constitué d’êtres complémentaires

Réfléchissez un peu à la nature complémentaire de la création en tant que telle. Au commencement, Dieu a créé les cieux et la terre (Ge 1.1). Non seulement cela, mais encore au sein de ce jumelage cosmique se trouvent d’autres « couples » : le Soleil et la Lune, le matin et le soir, le jour et la nuit, les eaux et la terre, les plantes et les animaux, et pour terminer, l’apogée de la création, l’homme et la femme. Comme c’est le cas dans toute paire, chacun appartient à l’autre, mais aucun des deux n’est interchangeable. Exactement comme les cieux et la terre ont été créés pour se compléter – et c’est d’ailleurs ainsi que l’histoire intégrale de la Bible se termine –, le mariage a été institué afin de symboliser ces desseins divins : deux entités distinctes qui se complètent l’une l’autre de manière unique.


Cet article est tiré du livre : Qu’enseigne réellement la Bible au sujet de l’homosexualité? de Kevin DeYoung