La réalité du jugement (Paul Helm)

Face à l’aversion généralisée qu’engendre l’idée de jugement, la première chose à souligner est que selon Christ et les apôtres, le jugement à venir est une réalité. Tout lecteur sincère du Nouveau Testament se rendra à cette évidence. Le jugement est inévitable. Ce n’est pas un « désagrément » qui s’ajoute à la mort. Le jugement procède de la justice du Dieu créateur et de notre responsabilité vis-à-vis de lui en tant que créatures créées à son image. 

L’enseignement de Christ sur le jugement

L’enseignement sur le jugement fait partie intégrante du ministère de Christ, à tel point que nous le déformerions totalement si nous en retirions les références à cette réalité. L’enseignement de Christ sur le jugement ne figure pas en annexe de la bonne nouvelle de l’Évangile, comme s’il n’y avait pensé qu’après coup, mais cela fait partie de sa structure même (aussi étrange que cela puisse paraître). 

L’idée d’un jugement divin est essentielle pour bien comprendre ce qui s’est passé lorsque Christ est mort à la croix. Sa souffrance est un exemple et une source d’inspiration (Philippiens 2:5-8), mais elle est bien davantage, à un niveau fondamental. Christ a subi le jugement de Dieu à la croix (Matthieu 27:46). Paul écrit que Christ est devenu malédiction et péché pour nous (Galates3:13; 2 Corinthiens 5:21). Le cri de déréliction de Christ : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », prouve que le châtiment que méritent nos fautes est tombé sur lui et que c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris (Ésaïe 53:5). L’idée du jugement divin fait donc partie intégrante de l’Évangile. La retirer revient à modifier l’œuvre de Christ en profondeur ; en réalité, elle n’a plus aucun sens. 

Dans un certain sens, la mort de Christ anticipe également un autre jugement. Christ parle de sa mort imminente comme du « jugement de ce monde » (Jean12:31). Le jugement de Dieu occupe une place centrale dans l’enseignement de Jésus et des apôtres à propos du sens de la croix, et ils maintiennent avec force que ce jugement (encore à venir alors que vous lisez ces mots) viendra avec certitude. Christ l’enseigne à plusieurs reprises, et un des rôles du Saint-Esprit promis est de convaincre le monde d’un tel jugement (Matthieu7:2; Jean 16:8). Les premiers prédicateurs et auteurs chrétiens y font également référence (Actes 17:31 ; Hébreux 9:27).

Les théories qui éliminent toute référence au jugement

Il est certainement possible d’élaborer une théorie qui élimine toute référence au jugement dans les quatre évangiles et dans le reste du Nouveau Testament. Il en existe des dizaines, dont chacune permet d’écarter ces références sous prétexte qu’elles sont secondaires, manquent d’authenticité ou prouvent que Christ était conditionné par la perspective de son époque. Mais ces théories soulèvent deux questions importantes. Est-il possible de les défendre de manière à respecter l’intégrité des textes du Nouveau Testament ? Si nous nous arrogeons le droit d’interpréter le texte de manière à en retirer toutes les références au jugement divin, il est également permis d’en retirer toutes les références à l’amour divin. La deuxième question est la suivante : quelles sont les motivations de ceux qui abordent le Nouveau Testament de manière aussi arbitraire ? Nous avons déjà vu que tout lecteur du Nouveau Testament devrait se demander pourquoi l’idée d’un jugement divin lui est si désagréable.

Christ et les apôtres présentent l’idée du jugement à venir comme une vérité sérieuse qui doit donner à réfléchir. Ils ne dressent pas la liste de tous les détails nécessaires à la satisfaction de notre curiosité, mais ils affirment la réalité de ce jugement à plusieurs reprises. Et si un jugement doit venir, il faut en prendre la réalité en compte, car aucun de nous ne pourra y échapper. Nous pouvons échafauder des plans et forger des projets, mais cela n’y changera rien. Même si nous fermons les yeux et essayons d’en oublier la réalité, nous ne pourrons pas nous y soustraire. L’évasion et l’oubli délibérés n’altèrent en rien la réalité de ce jugement.

Le verdict final

Lorsque nous replaçons l’idée d’un jugement à venir au centre de la compréhension chrétienne, elle donne à la vie une dimension sérieuse et incite à la vigilance plus que toute autre chose. Nous reconnaissons alors que, quelle que soit comment on la perçoit et l’évalue par ailleurs, la vie ne s’achève pas avec la mort du corps. L’homme vit alors en vue d’une évaluation finale par Dieu. On peut définir l’attitude « mondaine » de nombreuses manières, mais elle se caractérise surtout par la recherche d’une satisfaction et d’un épanouissement humains ici-bas qui évacue la pensée du jugement et de la vie à venir.

Christ prononce un verdict dévastateur à l’égard des chefs religieux de son époque qui avaient l’esprit du monde : « Ils ont leur récompense » (Matthieu 6:2). Ils ne la cherchaient pas dans la faveur et la bénédiction de Dieu, mais dans l’approbation et les applaudissements de ceux qui pensaient comme eux, ainsi que dans la satisfaction de leurs propres convoitises. L’esprit du monde se limite à la vie ici-bas, la vie avant la mort. Les chefs religieux écartaient de leur esprit la pensée d’une vie après la mort où ils recevraient le verdict de Dieu.

La question de la vie après la mort fait souvent l’objet de débats populaires, comme si une telle vie (si tant est qu’elle existe) était une sorte de continuité fantomatique de la vie ici-bas. Mais cette question n’a pas d’intérêt pour le chrétien, car elle relève davantage du spiritualisme que de la foi biblique. La « vie après la mort » qui intéresse le chrétien possède une forme et un caractère définis. Il s’agit d’entrer personnellement dans la présence de Dieu et de recevoir la récompense que méritent les actes accomplis dans notre corps, selon le verdict final.


Cet article est tiré du livre : Les choses dernières de Paul Helm