Le Saint-Esprit, celui qui oint

La présence du Saint-Esprit revient de manière éphémère tout au long de l’Ancien Testament. Il apparaît de temps à autre, mais son ministère n’est jamais décrit en détail. Le seul rôle qu’il joue à plusieurs reprises consiste à pourvoir aux dirigeants israélites les moyens d’accomplir les tâches qui leur ont été confiées par Dieu. Ces dirigeants faisaient partie de ceux qui avaient été « oints » pour remplir les fonctions de prophètes, de sacrificateurs et de rois. L’Esprit reposait sur ces hommes, même si sa présence avec eux était généralement temporaire ; il les oignait pour les rendre capables d’accomplir des tâches bien précises.

L’Ancien Testament regorge de nombreux exemples de dirigeants qui ont été oints par l’Esprit : « L’Esprit de l’Éternel fut sur [Othniel]. Il devint juge en Israël » (Jg 3.10a) ; « L’Esprit de l’Éternel fut sur Jephthé » (11.29a) ; « [Saül] fut saisi par l’Esprit de Dieu » (1 S 11.6a) ; « Samuel prit la corne d’huile, et l’oignit au milieu de ses frères. Et l’Esprit de l’Éternel saisit David, à partir de ce jour-là » (16.13). Nous voyons également des exemples de l’Esprit Saint reposant sur les prophètes lorsqu’ils recevaient leur appel à parler pour Dieu (1 R 17.2 ; Jé 1.4). Et l’onction de l’Esprit sur les sacrificateurs est décrite par leur onction d’huile (Ex 29.21). Encore une fois, cependant, ces exemples montrent que l’onction du Saint‑Esprit pour le ministère était limitée. Mais l’Ancien Testament fournissait tout de même des indices que la nature de l’onction de l’Esprit allait devenir un jour bien plus importante et durable.

L’un de ces indices se trouve dans le livre des Nombres, où nous lisons :

Le ramassis de gens qui se trouvaient au milieu d’Israël fut saisi de convoitise ; et même les enfants d’Israël recommencèrent à pleurer et dirent : « Qui nous donnera de la viande à manger ? Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Égypte, et qui ne nous coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx. Maintenant, notre âme est desséchée : plus rien ! Nos yeux ne voient que de la manne. » La manne ressemblait à de la graine de coriandre, et avait l’apparence du bdellium. Le peuple se dispersait pour la ramasser ; il la broyait avec des meules, ou la pilait dans un mortier ; il la cuisait au pot, et en faisait des gâteaux. Elle avait le goût d’un gâteau à l’huile. Quand la rosée descendait la nuit sur le camp, la manne y descendait aussi (No 11.4‑9).

Permettez-moi de vous situer le contexte. Dieu avait racheté Israël de l’esclavage en Égypte. Tout en les conduisant à travers le désert vers la Terre promise, il a pourvu à leurs besoins quotidiens, leur procurant des provisions miraculeuses venant du ciel sous la forme de la manne. Au début, le peuple d’Israël s’est réjoui de sa liberté et de la main bienveillante de la providence qui lui donnait à manger tous les jours. Mais très vite, ils se sont montrés insatisfaits. Ils avaient déjà oublié les coups de fouet, les tortures, la sueur et l’appauvrissement dû à l’esclavage ; à présent, leurs rêves les plus profonds étaient remplis de visions des poissons, des concombres, des melons, des poireaux, d’oignons et d’ail qu’ils avaient mangés en Égypte. Ils étaient mécontents de devoir manger la même chose à chaque repas, c’est-à-dire la manne, encore et toujours de la manne. En lisant le récit de leur mécontentement, je ne peux m’empêcher de sourire. L’herbe est toujours plus verte chez le voisin, du moins c’est ce que nous pensons.

Dans le récit qui nous est donné dans Nombres, nous pouvons lire ensuite : « Moïse entendit le peuple qui pleurait, chacun dans sa famille et à l’entrée de sa tente. La colère de l’Éternel s’enflamma fortement. Moïse fut attristé » (v. 10). Il semble que tout le monde ait été mécontent à ce moment-là. Dans le cas de Moïse, cependant, c’était bien plus que cela. Il était bouleversé :

Moïse fut attristé, et il dit à l’Éternel : « Pourquoi affliges-tu ton serviteur, et pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu aies mis sur moi la charge de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai conçu ce peuple ? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : “Porte-le sur ton sein, comme le nourricier porte un enfant”, jusqu’au pays que tu as juré à ses pères de lui donner ? Où prendrai-je de la viande pour donner à tout ce peuple ? Car ils pleurent auprès de moi, en disant : “Donne-nous de la viande à manger !” Je ne puis pas, à moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi. Plutôt que de me traiter ainsi, tue-moi, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur » (v. 11‑15).

Nous pouvons juger de la profondeur du désespoir de Moïse par les paroles désespérées qu’il a formulées dans sa prière à ce moment-là : « Dieu, si tu m’aimes un tant soit peu, si tu te fais un minimum de soucis pour moi, tue-moi tout de suite, car je n’en peux plus. » Des milliers de personnes lui criaient de leur procurer un aliment qu’il n’avait aucun moyen de leur donner. Pour lui, en cet instant, il était préférable de mourir plutôt que de continuer à diriger le peuple d’Israël.

La réponse de Dieu n’a pas été celle qu’attendait Moïse :

L’Éternel dit à Moïse : « Assemble auprès de moi soixante-dix hommes des anciens d’Israël de ceux que tu connais comme anciens du peuple et ayant autorité sur lui : amène-les à la tente d’assignation, et qu’ils s’y présentent avec toi. Je descendrai, et là je te parlerai ; je prendrai de l’Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent la charge du peuple, et que tu ne la portes pas à toi seul. Tu diras au peuple : Sanctifiez-vous pour demain, et vous mangerez de la viande, puisque vous avez pleuré aux oreilles de l’Éternel, en disant : “Qui nous fera manger de la viande ? Car nous étions bien en Égypte. L’Éternel vous donnera de la viande, et vous en mangerez. Vous en mangerez non pas un jour, ni deux jours, ni cinq jours, ni dix jours, ni vingt jours, mais un mois entier, jusqu’à ce qu’elle vous sorte par les narines et que vous en ayez du dégoût, parce que vous avez rejeté l’Éternel qui est au milieu de vous, et parce que vous avez pleuré devant lui, en disant : “Pourquoi donc sommes-nous sortis d’Égypte ?” » (v. 16‑20.)

Je pense que nous pouvons en tirer la leçon suivante : réfléchissez bien avant de demander une chose quelconque. Le peuple réclamait de la viande, alors Dieu leur a dit : « D’accord, vous voulez de la viande, je vais vous en donner. Je vous en donnerai au petit déjeuner, au déjeuner, au dîner et même comme goûter en fin de soirée. Et ce ne sera pas seulement pendant un ou deux jours, mais pendant un mois entier, jusqu’à ce que la viande vous sorte par les narines. » Dieu leur a fait savoir qu’il leur donnerait de la viande jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus en supporter la vue.

Moïse aurait dû se sentir soulagé par cette nouvelle. Dieu allait donner au peuple ce qu’il voulait, le déchargeant ainsi de toute pression. Il aurait été logique que Moïse dise : « Merci, Seigneur, d’avoir pris en main cette situation. Je t’en suis très reconnaissant. » Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Au lieu de cela, Moïse a traversé une véritable « crise de foi ». Il a adressé à Dieu les paroles suivantes : « Si cent mille hommes de pied forment le peuple au milieu duquel je suis, et tu dis : “Je leur donnerai de la viande, et ils en mangeront un mois entier ! Égorgera-t-on pour eux des brebis et des bœufs, en sorte qu’ils en aient assez ? Ou rassemblera-t-on pour eux tous les poissons de la mer, en sorte qu’ils en aient assez ? » (v. 21,22.)

Quand Moïse parle de six cent mille hommes de pied, il fait référence à la taille de l’armée israélite, aux hommes prêts pour le combat. Ce chiffre n’incluait pas les jeunes garçons, les enfants, les personnes âgées, les gens infirmes et les femmes. Il était probablement responsable de plus de deux millions de personnes. Moïse ne voyait pas comment Dieu pouvait tenir sa promesse et donner à cette multitude de la viande à manger pendant un mois.

J’aime beaucoup la réponse de Dieu : « L’Éternel répondit à Moïse : “La main de l’Éternel serait-elle trop courte ? Tu verras maintenant si ce que je t’ai dit arrivera ou non” » (v. 23). Dieu a essentiellement demandé à Moïse : « Suis-je Dieu, oui ou non ? » Puis il l’a mis au défi de se contenter d’observer ce qu’il allait faire.

Après avoir entendu cela, Moïse n’a rien ajouté. Il a accepté de faire ce que Dieu lui avait ordonné : « Moïse sortit, et rapporta au peuple les paroles de l’Éternel. Il assembla soixante-dix hommes des anciens du peuple, et les plaça autour de la tente. L’Éternel descendit dans la nuée, et parla à Moïse ; il prit de l’Esprit qui était sur lui, et le mit sur les soixante-dix anciens. Et dès que l’Esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent ; mais ils ne continuèrent pas » (v. 24,25).

Les assistants de Moïse

Alors que nous commençons à explorer cet événement majeur, il est utile de se pencher sur un fait antérieur qui nous est relaté au chapitre 18 d’Exode. Il nous est dit dans ce texte qu’après que Dieu ait fait sortir le peuple d’Israël d’Égypte, Jéthro, le beau-père de Moïse, sacrificateur de Madian, est venu lui rendre visite dans le camp israélite du Sinaï. Au cours de sa visite, celui-ci a constaté que Moïse siégeait du matin au soir pour trancher les litiges entre les membres du peuple (v. 1‑13).

Nous lisons ensuite :

Le beau-père de Moïse vit tout ce qu’il faisait pour le peuple, et il dit : « Que fais-tu là avec ce peuple ? Pourquoi sièges-tu seul, et tout le peuple se tient-il devant toi, depuis le matin jusqu’au soir ? » Moïse répondit à son beau-père : « C’est que le peuple vient à moi pour consulter Dieu. Quand ils ont quelque affaire, ils viennent à moi ; je prononce entre eux, et je fais connaître les ordonnances de Dieu et ses lois. » Le beau-père de Moïse lui dit : « Ce que tu fais n’est pas bien. Tu t’épuiseras toi-même, et tu épuiseras le peuple qui est avec toi ; car la chose est au-dessus de tes forces, tu ne pourras pas y suffire seul. Maintenant écoute ma voix ; je vais te donner un conseil, et que Dieu soit avec toi ! Sois l’interprète du peuple auprès de Dieu, et porte les affaires devant Dieu. Enseigne-leur les ordonnances et les lois ; et fais-leur connaître le chemin qu’ils doivent suivre, et ce qu’ils doivent faire. Choisis parmi tout le peuple des hommes capables, craignant Dieu, des hommes intègres, ennemis de la cupidité ; établis-les sur eux comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix. Qu’ils jugent le peuple en tout temps ; qu’ils portent devant toi toutes les affaires importantes, et qu’ils prononcent eux-mêmes sur les petites causes. Allège ta charge, et qu’ils la portent avec toi. Si tu fais cela, et que Dieu te donne des ordres, tu pourras y suffire, et tout ce peuple parviendra heureusement à sa destination. » Moïse écouta la voix de son beau-père, et fit tout ce qu’il avait dit. Moïse choisit des hommes capables parmi tout Israël, et il les établit chefs du peuple, chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix. Ils jugeaient le peuple en tout temps ; ils portaient devant Moïse les affaires difficiles, et ils prononçaient eux-mêmes sur toutes les petites causes (v. 14‑26).

Moïse a suivi les conseils de Jéthro et il a nommé des hommes pour servir de juges sous ses ordres, tandis que lui-même avait le rôle de juge en chef, examinant les cas les plus complexes.

Dans le récit du livre des Nombres, Dieu a fait quelque chose de similaire. Il a dit à Moïse de rassembler soixante-dix hommes parmi les anciens du peuple et de les amener au tabernacle (No 11.16). Dieu voulait ainsi lui dire : « Je vais alléger le fardeau de la direction qui pèse sur toi. Je vais te donner non pas un seul assistant, mais soixante-dix. » Lorsqu’ils se sont rassemblés, Dieu a pris une partie de l’Esprit qui était sur Moïse et l’a placé sur les soixante-dix anciens. Ainsi, il n’y avait plus seulement un chef oint dans le camp, mais soixante et onze.

Moïse avait été oint par le Saint‑Esprit pour agir en tant que médiateur de l’ancienne alliance. Dieu avait maintenant oint soixante-dix autres personnes pour participer à cette œuvre. Il est intéressant de noter qu’il n’a pas donné à chacun sa propre onction, mais qu’il a réparti l’Esprit qui était sur Moïse entre les soixante-dix anciens. Dès que cela a été fait, ils ont tous commencé à prophétiser d’une manière unique, comme ils ne l’avaient jamais fait auparavant et ne l’ont jamais refait par la suite. Cette manifestation extérieure montrait qu’ils avaient été habilités par le Saint‑Esprit.

Nous lisons ensuite, telle une note en bas de page, le récit suivant : « Il y eut deux hommes, l’un appelé Eldad, et l’autre Médad, qui étaient restés dans le camp, et sur lesquels l’Esprit reposa ; car ils étaient parmi les inscrits, quoiqu’ils ne soient point allés à la tente, et ils prophétisèrent dans le camp. Un jeune homme courut l’annoncer à Moïse, et dit : Eldad et Médad prophétisent dans le camp » (v. 26,27). Il s’agissait là d’un scandale. Le peuple ne savait pas encore que Dieu avait ordonné cette effusion du Saint‑Esprit sur des gens autres que la personne de Moïse, c’est-à-dire les soixante-dix anciens. Lorsqu’ils ont vu Eldad et Médad prophétiser, ils étaient horrifiés à l’idée que cela pouvait être le signe d’un faux prophète. Ils ont donc couru en informer Moïse.

Lorsque la nouvelle est parvenue à Moïse, son assistant, Josué, a été particulièrement bouleversé : « Et Josué, fils de Nun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole et dit : “Moïse, mon seigneur, empêche-les !” » (v. 28.) Pourquoi Josué a-t-il fait cette demande ? Était-il opposé à la prophétie ou à la puissance du Saint‑Esprit ? Non, il était simplement préoccupé par la menace qui pesait sur le leadership de Moïse. Il y voyait une tentative de soulèvement contre l’autorité dûment constituée de l’Église vétérotestamentaire.

La réponse de Moïse est capitale pour comprendre l’action du Saint‑Esprit. Nous lisons : « Moïse lui répondit : “Es-tu jaloux pour moi ? Puisse tout le peuple de l’Éternel être composé de prophètes ; et veuille l’Éternel mettre son Esprit sur eux !” » (v. 29.) Alors que Josué protestait contre l’expansion de l’onction du Saint‑Esprit pour habiliter le peuple de Dieu au ministère, Moïse s’en est réjoui. Il a même exprimé le désir que Dieu place son Esprit sur chaque personne de son peuple.

Du temps de Moïse dans l’Israël de son époque, cette idée que l’Esprit Saint puisse reposer sur chaque croyant n’était qu’un espoir ou une prière sur les lèvres de Moïse. Plus tard, cependant, cette espérance est devenue prophétie. Le prophète Joël a en effet écrit : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, je répandrai mon Esprit » (Joë 2.28,29). Sous l’inspiration de l’Esprit, Joël a déclaré que dans les derniers jours, Dieu répandrait son Esprit sur « toute chair », c’est-à-dire sur tout le peuple de Dieu. La puissance du Saint‑Esprit pour le ministère ne serait pas limitée à des individus isolés ou à un petit groupe de gens, mais chaque personne de la communauté de Dieu serait ainsi équipée.

La prière et la prophétie accomplies

Ce qui était une prière pour Moïse et une prophétie pour Joël est devenu une réalité historique le jour de la Pentecôte, lorsque Dieu a pris l’Esprit qui était sur Jésus, le médiateur de la nouvelle alliance, et qu’il l’a distribué non pas à soixante-dix personnes, mais à tous les croyants.

Jésus avait annoncé aux disciples que cela se produirait. Dans le livre des Actes, Luc a écrit : « Comme [Jésus] se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ‟ce que je vous ai annoncé, leur dit-il ; car Jean a baptisé d’eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit” » (Ac 1.4,5). L’une des dernières choses que Jésus a dites à ses disciples avant de monter vers son Père, c’est qu’ils devaient rester quelque temps à Jérusalem afin de recevoir l’accomplissement d’une promesse que le Père leur avait faite. Il faisait allusion à la promesse du baptême du Saint‑Esprit, énoncée dans la prophétie de Joël. Il leur a rappelé que cela se produirait dans un avenir très proche.

Luc poursuit ainsi : « Alors les apôtres réunis lui demandèrent : “Seigneur, est-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ?” Il leur répondit : “Ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous recevrez une puissance, le Saint‑Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” » (v. 6‑8). Jésus associe ici le baptême de l’Esprit à la capacité d’être ses témoins.

Dans tous les passages que nous avons examinés – Nombres 11, Joël 2 et surtout ici, Actes 1 –, l’onction du Saint‑Esprit est associée à une sorte de dotation, à un don provenant de la grâce divine. Le mot grec employé pour désigner ce type de don est charisma. Ainsi, les dons que l’Esprit Saint apporte sont connus sous le nom de dons « charismatiques » ou de charismata. L’Esprit de Dieu octroie ces dons à l’Église de Christ afin de fournir au peuple de Dieu la capacité d’accomplir la mission qu’il a confiée à son peuple : témoigner de lui jusqu’aux extrémités de la terre.

Telle était donc la promesse. Le jour de la Pentecôte, l’Esprit Saint est effectivement venu sur les disciples avec puissance :

Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint‑Esprit, et se mirent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer. Or, il y avait en séjour à Jérusalem des Juifs, hommes pieux, de toutes les nations qui sont sous le ciel. Au bruit qui eut lieu, la multitude accourut, et elle fut confondue parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Ils étaient tous dans l’étonnement et la surprise, et ils se disaient les uns aux autres : « Voici, ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? […] Comment les entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu ? » (Ac 2.1‑7,11.)

La Pentecôte était une fête annuelle qui se tenait à Jérusalem. Des pèlerins juifs du monde entier venaient à Jérusalem pour cet événement. Il y avait donc une grande assemblée de juifs venus de nombreuses contrées et parlant diverses langues. Mais la fête a été interrompue par un événement surnaturel marqué par une manifestation visible du Saint‑Esprit – des langues de feu se sont posées au-dessus de la tête des disciples – et un signe audible – les disciples ont parlé des « merveilles de Dieu » dans les langues de tous ceux qui étaient présents.

Après cette onction de l’Esprit Saint, les disciples ont été transformés. Ils ont commencé à prêcher que Jésus est le Christ, le Sauveur, et ils ne se laissaient pas réduire au silence, même sous la menace de l’exécution. Rapidement, ils ont commencé à porter partout le message de l’Évangile, comme Jésus le leur avait ordonné, et il a bientôt été dit d’eux qu’ils avaient « bouleversé le monde » (Ac 17.6). Telle est la puissance de l’onction que l’Esprit donne à chaque personne qui se confie en Jésus‑Christ dans le cadre de la nouvelle alliance. Martin Luther, le grand réformateur allemand du xvie siècle, a parlé du « sacerdoce de tous les croyants ». Certains en déduisent qu’il ne doit pas y avoir de distinction dans l’Église entre le clergé et les laïcs, mais ce n’est pas ce que Luther cherchait à exprimer. Il voulait dire que l’œuvre du royaume de Dieu n’est pas donnée uniquement à ceux qui ont une vocation de prédicateur, d’enseignant, de diacre ou d’ancien. Au contraire, chaque chrétien est appelé à participer au ministère de Christ et de l’Église. Cela peut être intimidant, mais cet appel s’accompagne du don du Saint‑Esprit, qui oint et qui rend tous les membres du peuple de Christ capables de le servir.


Cet article est extrait du livre : «Qui est le Saint-Esprit ?» de R.C. Sproul