«Crois afin de comprendre» (David Powlison)

« Crois afin de comprendre », a déclaré Augustin. Reniez la foi, et vous vous privez de la clé de la vraie connaissance. Croyez mal et vous vous écartez systématiquement de la réalité. Refusez de croire, et vous perdez même « le commencement de la sagesse ». Croyez pour que vous puissiez comprendre, sinon les paroles de Jésus seront mordantes : 

« Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse ? » (Lu 6.39.) 

La sagesse a consciemment le vrai Dieu en point de mire lorsqu’elle traite de l’humanité. Vous pouvez accumuler une infinité de faits psychologiques, une information encyclopédique sur les êtres humains, mais si vous perdez de vue Dieu, les paroles de T. S. Eliot (1963) vous piqueront : « Où est la sagesse que nous avons perdue dans la connaissance ? Où est la connaissance que nous avons perdue dans l’information ? » (p. 147.) 

La sagesse est le joyau de la couronne :

« Elle a plus de valeur que tous les objets de prix » (Pr 3.15).

Crois afin de comprendre. C’est évidemment le cas lorsqu’il s’agit de connaître Dieu. Néanmoins, ce conseil s’applique également à la compréhension des personnes qui sont intrinsèquement images de Dieu, responsables devant Dieu, éloignées de Dieu et susceptibles d’être renouvelées par Dieu. La dynamique de la psyché opère d’une manière centrée sur Dieu – que nous le sachions ou non, qu’une théorie en tienne compte ou non, qu’une thérapie l’étudie ou non.

Passons brièvement aux hypothèses sous-jacentes de ce point de vue chrétien, en notant quelques implications psychologiques. Examinons trois aspects du Symbole de Nicée.

Premièrement, nous croyons que Dieu est le créateur de tout ce qui existe

Par déduction, nous avons été créés par la main d’une personne, jusqu’aux idiosyncrasies de notre histoire personnelle et de notre contexte social ; du code génétique, de notre niveau hormonal, de notre fragilité devant la maladie et la mort ; de nos bizarreries personnelles, du caractère et des penchants de notre cœur. Toute personne existe comme un être dépendant tenu de rendre des comptes à la Personne des personnes à qui elle doit la vie. Être pleinement humain, c’est connaître et aimer ce Créateur par son nom. Une telle connaissance est la réalité psychologique omniprésente chez un être humain sain d’esprit : cœur, âme, esprit et force. Une telle santé mentale prend pleinement à cœur les intérêts et le bien-être d’autres personnes que nous-mêmes. La foi chrétienne inclut la psychologie et la psychothérapie comme des conséquences et des manifestations de ce point de vue centré sur Dieu. 

On nous parle de Dieu… et nous nous rendons compte que la psychodynamique référentielle de Dieu traverse tout cœur humain. On nous parle de Dieu… et nous apprenons ce que signifie être humain. Lorsque d’autres psychologies arrachent des personnes à ce contexte réel, elles théorisent une abstraction, ne voyant jamais complètement la personne. Elles fabriqueront, rechercheront et conseilleront un humanoïde, tandis que l’humanité essentielle leur filera entre les doigts.

Deuxièmement, nous croyons que le Seigneur est juge des vivants et des morts

Il s’ensuit que nous sommes parfaitement connus et évalués : les pensées et les intentions les plus profondes ; les cris d’angoisse, de confusion, d’indignation, de peur ou de joie ; chaque mot occasionnel ou choix habituel ; toujours entourés de menaces, de douleurs et d’obligations, d’espoirs, de bonheur, et d’occasions favorables liées aux circonstances physiques et sociales. Rien n’échappe à celui qui sonde tous les cœurs et connaît chaque projet et chaque pensée, rien n’échappe à celui à qui nous devons rendre compte, et il voit tout (1 Ch 28.9 ; Hé 4.13). Les psychés aiment soit Dieu soit autre chose. Une incrédulité profonde constitue la névrose universelle et obsessionnelle. Dieu aspire ardemment à notre loyauté et il est parfaitement informé chaque fois que d’autres choix expriment la réalité psychologique actuelle. Il voit nos manquements, qui nous rendent fatalement faussés par l’égoïsme qui correspond à la réalité psychologique omniprésente. La vie et la mort dépendent de ce qui arrive ensuite.

Troisièmement, bonheur suprême, nous croyons que Christ est venu ici-bas pour nous et pour notre salut

Nous n’avons donc pas été abandonnés à nous-mêmes et à notre destin. Dieu en personne nous cherche. Tout ce qui va mal – nos péchés et nos misères, un corps en décomposition, un monde social en décomposition, la folie dans nos cœurs (Ec 9.3) – peut être corrigé par Christ, et le sera. « Il restaure mon âme » (Ps 23.3). La restauration de notre humanité exige le rétablissement de notre relation initiale. La restauration de notre humanité est une réalité psychologique qui oblige, entre autres, à aborder tous les aspects du fonctionnement psychologique : sentiment d’identité, la conscience, la pensée, les sentiments, les choix, la mémoire, l’anticipation, les attitudes, les relations. La psychothérapie devrait restaurer votre âme. Elle devrait vous guérir de votre assujettissement à la névrose universelle et obsessionnelle, et vous rendre sain d’esprit.

Le Créateur, Juge et Sauveur nous oriente alors que nous nous efforçons de donner un sens au fonctionnement psychologique des créatures qui sont créées, jugées et susceptibles d’être rachetées. Les implications sont vraies jusqu’aux détails individuels microscopiques de la psychologie humaine. Bien sûr, ce credo ne fournit aucun des nombreux faits et détails psychologiques, loin de là. Il y a un travail à accomplir et beaucoup à apprendre de nombreuses sources. En revanche, le credo nous oriente en nous apprenant à voir les faits dans leur vrai contexte.


Cet article est tiré du livre : La psychologie et le christianisme de Eric L. Johnson