Comment comprendre l’essence et l’existence de Dieu ? (R.C. Sproul)

Essence et personne

Quand ma femme et moi vivions en Hollande, nous avons appris que les gens passaient l’aspirateur dans leurs maisons avec un stofzuiger, ce qui signifie littéralement « avaleur de trucs ». Ils auraient pu utiliser un terme métaphysique plus sophistiqué, mais le mot truc en dit beaucoup. Qu’est-ce qui distingue un être humain d’une antilope, une antilope d’un raisin ou un raisin de Dieu ? C’est l’essence de la chose, son ousios, un mot grec qui signifie « être » ou « substance ». Le truc de la divinité, l’essence – le ousios est ce que Dieu est en lui-même. Quand l’Église a déclaré que Dieu est une essence, elle disait que Dieu n’est pas partiellement à un endroit et partiellement à un autre. Dieu n’est qu’un seul être.

Une partie du problème que nous avons pour expliquer comment Dieu est un seul être, mais trois en personne, c’est que cette formule est dérivée du mot latin persona, à partir duquel nous obtenons le mot « personne ». Dans la langue latine, ce terme était utilisé principalement dans le domaine juridique ou dans le domaine des arts dramatiques. Il était de coutume que des acteurs hautement qualifiés jouent plus d’un rôle dans une pièce de théâtre et les acteurs distinguaient leurs personnages en parlant avec des masques, pour lesquels le mot latin était persona. Ainsi, lorsque Tertullien a parlé pour la première fois de Dieu comme étant un être, trois personae, il disait que Dieu existe simultanément sous trois rôles ou personnalités – Père, Fils et Saint-Esprit. Cependant, le concept de « personne » dans cette formule ne correspond pas exactement à notre concept français de personnalité, dans lequel une personne signifie un être distinct.

Subsistance et existence

Afin de faire la distinction entre les personnes de la Trinité, d’autres termes ont été utilisés. L’un d’eux est subsistance. Ce terme nous est familier parce qu’il est souvent utilisé pour décrire ceux qui vivent en dessous du niveau économique standard. Une subsistance dans la Divinité est une différence réelle, mais pas une différence essentielle dans le sens d’une différence d’être. Chaque personne dans la Trinité subsiste ou existe en présence de la divinité. La subsistance est une différence dans la portée de l’être et non un être ou une essence séparés. Toutes les personnes dans la Divinité ont tous les attributs de la divinité.

Un autre terme important pour comprendre la distinction entre les personnes de la Trinité est existence. Le terme français exister dérive étymologiquement du latin existere, de ex (« [tiré] de ») et stere (« se tenir »). D’un point de vue philosophique, d’aussi loin qu’avant Platon, le concept d’existence faisait référence à l’être pur qui ne dépend de rien pour sa capacité d’être ; il est éternel. Il a en lui-même le pouvoir d’être, il n’est en aucun cas une créature. L’existence de la créature se caractérise non pas par l’être, mais par le devenir, car le trait de caractère principal de toutes les créatures est qu’elles changent. Quoi que vous soyez aujourd’hui, vous serez très légèrement différent demain, et aujourd’hui, vous êtes différent de ce que vous étiez hier.

Dieu n’existe pas de la même manière que les êtres humains, car cela ferait de lui une créature, lui donnant une existence dépendante et dérivée. Nous disons plutôt que Dieu est. Dieu est être, pas en devenir ou en changement. Il est éternellement le même, donc nous disons qu’il est un seul être. Les théologiens parlent de la Trinité non pas comme trois existences, mais comme trois subsistances ; c’est-à-dire que dans l’être non dérivé de Dieu, à une dimension inférieure, nous devons distinguer parmi ces subsistances que la Bible appelle Père, Fils et Saint-Esprit. Il n’y a pas trois existences ou êtres, mais plutôt trois subsistances à l’intérieur de cet unique être éternel.

Il est nécessaire que nous fassions la distinction entre ces trois personnes parce que la Bible fait cette distinction. C’est une distinction réelle, mais pas une distinction essentielle et par « non essentielle », je ne veux pas dire « sans importance ». Je veux dire que bien qu’il y ait de réelles différences dans la divinité, il n’y en a pas dans l’essence même de la divinité. Un être, trois personnes – Père, Fils et Saint-Esprit.


Cet article est adapté du livre : Nous sommes tous des théologiens – R. C. Sproul