Le jour du Seigneur : récupérer une bénédiction perdue

La doctrine et la pratique bibliques du sabbat chrétien, ou jour du Seigneur (voir Ex 20.8 ; Ap 1.10), ont presque disparu du contexte ecclésial contemporain. Selon la tradition réformée, on considère traditionnellement le jour du Seigneur comme un jour à sanctifier en le réservant uniquement à Dieu, à l’adoration et au repos. Aujourd’hui, on voit le plus souvent dans le dimanche un jour de la semaine comme les autres – un jour où les chrétiens se trouvent à se réunir à l’occasion d’un culte matinal. En effet, la preuve de cette négligence du jour du Seigneur se voit dans le nombre croissant d’Églises qui offrent des cultes du samedi soir. Qu’est‑ce qui a causé ce relâchement et cette ignorance généralisée de la signification du jour que Dieu a donné à son peuple, dès le commencement, pour le bénir abondamment ? Puis‑je suggérer trois raisons à sa quasi-disparition ?

Le dispensationalisme

Ce système d’interprétation biblique divise radicalement la théologie de l’Ancien Testament et celle du Nouveau Testament. Dans la pensée du dispensationaliste, très peu d’éléments de l’ancienne alliance s’avèrent corrélatifs, pertinents et applicables à la vie de ceux qui vivent sous la nouvelle alliance, sauf pour ce qui en est des présumées prophéties messianiques, des maximes morales et des références apparemment littérales à l’Apocalypse. En raison de l’apparition au xixe siècle de cette herméneutique qui divise la Bible en deux parties et de son acceptation de la part des nombreux chrétiens sincères, très peu de gens dans l’Amérique évangélique contemporaine se sont fait enseigner la signification profonde de l’observance du sabbat ou jour du Seigneur. Les dispensationalistes classiques ne considèrent le sabbat que comme un jour important d’une autre époque.

La Révolution industrielle

De nombreux changements radicaux se sont produits dans la société américaine au milieu du xixe siècle. On a bâti de grandes usines en vue d’une production en série, et d’innombrables personnes sont parties des campagnes pour aller habiter en ville, en quête de stabilité et de réussite financières. Ce changement sismique d’ordre économique et culturel, ce passage d’une économie agraire à une économie industrielle, a complètement transformé le mode de vie que la plupart des Américains avaient connu depuis la fondation de leur pays. Cette transformation radicale a conduit à une accélération du rythme de vie chez un grand nombre de gens, en raison des pressions exercées sur les travailleurs. Non seulement on a commencé à délaisser la pratique courante de l’adoration en famille, en partie à cause de tout le temps passé à se rendre au boulot et à en revenir ainsi que de longues journées de travail, mais aussi le dimanche a lentement perdu son caractère distinctif en tant que jour consacré exclusivement au repos et à l’adoration centrée sur Dieu. Bref, le capitalisme et le consumérisme ont fini par devenir la force dominante, dictant chaque dimension de la vie (privée, familiale et religieuse). Nous voyons aujourd’hui le consumérisme pur et dur affecter presque toutes les couches de la société, affairées à travailler, à acheter, à se divertir et à vendre le jour que Dieu a destiné à l’adoration et au repos.

La méconnaissance de la Bible

Je ne crois pas que, sur le plan historique, nos contemporains soient les plus instruits au sens biblique. La majorité des évangéliques engagés sont incapables de nommer les dix commandements ou d’expliquer les doctrines fondamentales de la justification et de la sanctification. Nous vivons à une époque où le banal accapare et leurre les esprits – même celui des chrétiens – et l’important passe inaperçu. Ceux qui fréquentent l’église risquent d’en savoir davantage au sujet des derniers potins d’Hollywood que des principales doctrines scripturaires. Par conséquent, il n’y a rien d’étonnant à ce que peu de gens connaissent le quatrième commandement ou en comprennent la signification : « Souviens‑toi du jour du repos, pour le sanctifier » (Ex 20.8).

Les mauvais effets du dispensationalisme classique, de la Révolution industrielle et de la méconnaissance de la Bible ont‑ils gâché toute chance pour l’Église de retrouver une bonne perception et pratique du jour du Seigneur ? Absolument pas ! Que lui faudra‑t‑il toutefois pour qu’elle retrouve l’enseignement et la pratique de l’observance du saint jour du Seigneur ? Selon moi, ce dont l’Église a besoin, en plus d’une repentance sincère, c’est d’une interprétation bien fondée, rédemptrice et historique de la Parole de Dieu, à savoir une vue de la Bible qui reconnaît l’unité de l’œuvre rédemptrice de Dieu – sa continuation tout au long de l’Histoire. Autrement dit, on doit comprendre le jour du sabbat à la lumière de son établissement lors de la Création, de son renforcement sur la montagne du Sinaï, de sa pérennité et de son accomplissement ultime.

Lors de la Création, Dieu a établi le jour du sabbat, ainsi que le mariage (voir Ge 2.18‑25) et le travail (voir Ge 1.28), à titre d’ordonnances. Autrement dit, le sabbat fait partie intégrante de l’ordre de la création. Non seulement Dieu a établi un jour sur sept comme étant béni et mis à part, mais encore il l’a lui‑même observé (voir Ge 2.1‑3). Dieu a renforcé l’importance du sabbat dans les dix commandements qu’il a donnés à Moïse sur la montagne du Sinaï (voir Ex 20.8). Sous la nouvelle alliance, Christ a accompli la Loi, plutôt que de l’abolir (voir Mt 5.17). Il a soustrait la véritable signification du sabbat à un énorme fardeau de légalisme pharisaïque et de tradition. Il a enseigné que le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’inverse (voir Mc 2.27). De plus, Christ se dit être lui‑même maître du sabbat (voir Mc 2.28).

Au fil de l’histoire de la Rédemption – depuis le jardin d’Éden jusqu’à maintenant – le sabbat chrétien a constitué tant une bénédiction divine qu’une obligation morale. Les élus vivront son accomplissement ultime lors du retour de Christ, quand ils entreront dans le sabbat éternel, délivrés du péché et faisant l’expérience de l’adoration parfaite en présence de Dieu (voir Hé 4.1‑13 ; Ap 7.9‑12).

Dieu nous a donné un jour spécial – le jour du Seigneur – pour nous reposer de nos labeurs, ainsi que pour focaliser intentionnellement notre cœur et notre esprit sur le Dieu trinitaire, de même que sur ses glorieuses œuvres de la Création et de la Rédemption. Nous sanctifions le jour du Seigneur en nous réunissant dans le cadre d’une adoration en public et en passant le reste de la journée à accomplir des œuvres de piété et de miséricorde, et à répondre aux besoins (voir la Confession de foi de Westminster, XXI.8). Le jour du Seigneur, en venant à sa table, nous obtenons un aperçu de notre repos céleste alors que nous mettons de côté nos travaux, un avant‑goût du festin des noces de l’Agneau (voir Ap 19.6‑10), ainsi qu’une expérience anticipative de la communion éternelle avec Dieu et son peuple glorifié. Tout cela se produit lorsque nous passons nos dimanches à exercer notre foi en Christ dans le cadre d’une adoration en public et que nous participons au fil de la journée à une tendre communion fraternelle axée sur Dieu (voir Ap 7.9‑17).

Dieu a ordonné une belle chose pour son peuple, que ce dernier considère en grande partie comme un inconvénient en raison de son affairement. Dieu nous a donné le jour du Seigneur pour que nous fassions de lui nos délices et que nous nous reposions de nos travaux, de manière à nous procurer le renouveau et la restauration dont nous avons besoin. Notre Père céleste l’a conçu dans le but de nous fournir un repos adéquat et d’amener notre cœur à se recentrer sur notre plus grande priorité : Dieu lui‑même.

Je prie pour que l’observance du jour du Seigneur retrouve une place importante et distincte dans notre vie et notre témoignage collectif. Puissions‑nous montrer que nous prenons au sérieux les commandements de Dieu et que nous accueillons avec allégresse le jour sur sept que Dieu a établi pour que nous accordions toute notre attention à l’adoration divine, à la communion fraternelle et au repos.


Cet article est extrait du livre : «La splendeur de la sainteté» de Jon D. Payne