LE CIEL ET L’ENFER (Sermon de Charles Spurgeon)

Je vous dis que plusieurs viendront d’Orient et d’Occident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham , Isaac en Jacob; et les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres de dehors: il y aura là des pleurs et des grincements de dents.

Matthieu 8.11-12


Ce soir, mes chers auditeurs, j’espère vous encourager à chercher le chemin du ciel. Ce soir aussi j’aurai à exprimer devant vous de très rudes vérités concernant le sort de ceux qui seront jetés dans l’abîme de la perdition.

Ces deux sujets, je vais tâcher de les traiter avec l’assistance de Dieu. Mais auparavant, laissez-moi vous supplier, pour l’amour de vos âmes, de peser avec soin ce que vous allez entendre. Voyez si mes paroles sont, oui ou non, selon la vérité de Dieu: si elles ne le sont pas, rejetez-les entièrement; mais si elles le sont, prenez garde de quelle manière vous les écoutez, — car aussi vrai que vous comparaîtrez un jour devant Dieu, le grand Juge du ciel et de la terre, aussi vrai vous ne sauriez mépriser impunément la voix de son serviteur, la voix de son Évangile!

Les versets que je vous ai lus renferment deux idées. La première est d’une douceur infinie, et je me plais à y arrêter mon esprit; la seconde est terrible au plus haut degré; mais l’une et l’autre étant également vraies, l’une et l’autre doivent être prêchées. La première idée de mon texte est contenue dans ces mots:

Je vous dis que plusieurs viendront d’0rient et d’0ccident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham , Isaac et Jacob.

L’autre, sombre, menaçante, effroyable, est ainsi formulée: Les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres de dehors: il y aura là, des pleurs et des grincements de dents.

Reprenons la première de ces idées. — Voici une glorieuse promesse: Plusieurs viendront d’0rient et d’Occident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob. J’aime ces paroles, parce qu’elles me disent ce qu’est le ciel, parce qu’elles m’en laissent entrevoir les charmes. Elles m’apprennent, tout d’abord, que c’est un lieu où je serai assis, c’est-à-dire où je me reposerai. Quelle douce pensée! Qu’elle est douce surtout pour le travailleur, pour celui qui mange son pain à la sueur de son visage! Souvent, en essuyant son front humide, il se demande avec tristesse s’il n’aura jamais ni trêve ni relâche. Ou bien , le soir, en se jetant brisé sur sa couche, son cœur laisse échapper ce cri d’angoisse : « N’y a-t-il donc point un lieu où je pourrai me reposer, où mes membres fatigués ne seront plus contraints d’agir , où je trouverai enfin la paix après laquelle je soupire? »

Oui, enfant du travail et de la peine, oui, il est un heureux séjour où peine et travail sont inconnus. Au-delà de la voûte azurée, il est une cité belle et radieuse: ses murs sont de jaspe, sa lumière est plus éclatante que le soleil. Là, les méchants ne tourmentent plus personne, et ceux qui ont perdu leur force se reposent. Là habitent des esprits immortels qui sont pour jamais à l’abri de la fatigue. Ils ne sèment ni ne moissonnent; ils n’ont plus ni rude labeur, ni tâche excessive à accomplir. Que l’homme de loisir se plaise à envisager le ciel comme un lieu où son activité trouvera un constant aliment, je le conçois, et je suis persuadé qu’il ne sera pas déçu dans son attente. Mais pour le travailleur, — et par ce mot j’entends tout homme qui travaille, soit de son intelligence, soit de ses mains, — quelle délicieuse, quelle consolante perspective que celle d’un éternel repos! O bonheur! bientôt cette voix, si souvent épuisée par de longs efforts, pourra se taire; bientôt ces poumons fatigués ne s’exerceront plus au-delà de leur pouvoir; bientôt ce cerveau excité ne sera plus harcelé par des pensées sans nombre; bientôt, paisiblement assis au banquet de Dieu, je me reposerai de mes travaux…

Oh! fils et filles d’Adam qui fléchissez sous le poids de la vie, prenez courage! Au ciel, vous n’aurez plus à tracer de pénibles sillons dans un sol infertile; vous n’aurez plus à vous lever matin, à vous coucher tard et à manger le pain de douleur; vous n’aurez plus ni fardeau, ni souci, ni agitation; tous vous serez paisibles, riches, heureux. Les mots de labeur, de fatigue, de souffrance n’existent même pas dans la langue du ciel.

Et remarquez dans quelle illustre société les élus se trouveront. Ils seront assis, nous est-il dit, avec Abraham, Isaac et Jacob. Ces paroles me semblent réfuter de la manière la plus positive l’opinion de certains chrétiens qui pensent que dans l’autre vie on n’aura pas la faculté de se connaître. En effet, puisqu’il nous est déclaré ici en toutes lettres que nous serons assis avec Abraham , Isaac et Jacob, ne devons-nous pas nécessairement en conclure que nous connaîtrons ces patriarches et par conséquent aussi les autres habitants du ciel?

On raconte qu’une digne chrétienne, avancée en âge, demanda à son mari, au moment de mourir: «Mon ami, penses-tu que tu me reconnaisses quand tu viendras dans la gloire? — Si je te reconnaîtrai? répondit celui-ci; ne t’ai-je pas toujours connue ici-bas? et crois-tu donc qu’au ciel je serai moins clairvoyant?»

Ce raisonnement me paraît sans réplique. De même que nous avons connu ici-bas, de même nous connaîtrons là-haut. Pour ma part, j’ai la douce assurance que lorsque, par la grâce de Dieu, je poserai mon pied sur le seuil du ciel, les bienheureux amis qui m’y ont précédé viendront me prendre par la main et me diront: « Salut, bien-aimé! te voici enfin.» Les proches retrouveront leurs proches; les amis leurs amis. Tu retrouveras ta pieuse mère, toi, mon cher auditeur, qui pleures encore sur elle, si toutefois tu marches sur les traces de Jésus: il me semble la voir venant à ta rencontre à la porte du paradis, et quoique sans doute les liens de la nature auront perdu beaucoup de leur force, je ne puis me défendre de la pensée que son visage brillera d’une joie nouvelle lorsque, s’avançant vers le Seigneur, elle lui dira: Me voici, moi et les enfants que tu m’as donnés.

— Mari, tu reconnaîtras ta femme. Mère, tu reconnaîtras ces chers petits êtres dont tu suivis avec angoisse la longue agonie et sur lesquels tu entendis tomber, avec les froides mottes de terre, ces terribles paroles: L’argile à l’argile, la cendre à la cendre, la poudre à la poudre. Oui, tu les retrouveras; tu entendras encore leurs voix chéries; tu sauras que ceux que tu as tant aimés, Dieu les a aimés mieux encore que toi.

Qu’il me semblerait triste et glaçant le monde à venir, si je ne devais ni connaître ni être connu! En vérité, il n’aurait pour moi que bien peu d’attraits! Mais quelle douceur, au contraire, dans la pensée que le ciel est la réalisation parfaite de la communion des saints, et qu’entre les croyants de tous les temps et de tous les pays, il s’établira pour l’éternité des relations étroites et personnelles! Souvent, je me plais à anticiper sur le bonheur que j’éprouverai à connaître Ésaïe; il me semble qu’à peine arrivé à la cité céleste, je demanderai à le voir, parce qu’il a parlé de Jésus plus qu’aucun autre prophète. Il me semble aussi que je m’empresserai de chercher au milieu de la foule George Whitefield, ce grand serviteur de Dieu, qui avec un zèle digne d’un esprit angélique, dépensa toute sa vie en prêchant le salut. Oh! oui, nous aurons une société choisie dans le ciel. Et cependant toute distinction humaine sera abolie: riches et pauvres, savants et ignorants, ministres et laïques, nous fraterniserons tous ensemble. J’ai ouï raconter qu’une dame, visitée sur son lit de mort par un ministre de l’Évangile, lui posa cette étrange question:

«Ne pensez-vous pas qu’il existe dans le ciel deux lieux bien distincts pour les différentes classes de la société? J’avoue que je ne pourrais endurer l’idée de vivre éternellement en compagnie de ma servante.»

À cela, le ministre répondit:

«Ne vous mettez pas en peine à ce sujet, madame; car aussi longtemps que ce diabolique orgueil existera dans votre cœur, vous n’avez point à craindre d’aller au ciel.»

Il disait vrai. Non, l’orgueil n’entrera pas dans le ciel. Il faut que nous nous abaissions nous-mêmes, que nous voyions dans tout homme un frère, que nous sentions qu’aux yeux de Dieu nous sommes tous égaux, avant de pouvoir espérer d’être admis dans la gloire. Quant à moi, je bénis mon Dieu de ce qu’au banquet céleste il n’y aura qu’une seule table. Le Juif et le Gentil s’assoiront côte à côte; le grand et le petit paîtront dans le même pâturage: tous, nous serons assis avec Abraham , Isaac et Jacob.

Mais les paroles que nous méditons ont une signification plus douce et plus profonde encore. À en croire certains esprits étroits, le ciel serait un lieu de dimensions fort restreintes, auquel ne trouveraient accès que les seuls chrétiens qui fréquentent leur lieu de culte.

J’avoue qu’un ciel aussi mesquin m’est antipathique, et j’aime au contraire à lire dans les Écritures qu’il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. De ce qu’il est écrit dans l’Évangile: La porte est étroite et le chemin est étroit qui mène à la vie, et il y en a peu qui le trouvent, on en a souvent conclu que le ciel sera moins peuplé que l’enfer. Cette opinion me semble inadmissible.

Comment! la part de Christ serait moins grande que celle du diable? Satan l’emporterait sur Christ?

Non, cela ne peut pas être.

D’ailleurs, Dieu nous déclare expressément qu’une grande multitude, QUE PERSONNE NE POURRA COMPTER, sera sauvée. Combien cette pensée est réjouissante, mes chers amis! Quelle bonne nouvelle pour vous et pour moi! Si le salut n’était le privilège que de quelques-uns, nous pourrions craindre, et non sans raison, de ne pas y avoir part; mais puisque le Seigneur affirme qu’une multitude innombrable sera sauvée, pourquoi vous et moi, pourquoi tous, tant que nous sommes ici, ne le serions-nous pas?

Courage donc, pauvre pécheur, qui que tu sois; courage, âme craintive et timorée, ouvre ton cœur à l’espérance! Il n’y a pas sur la terre d’âme vivante dont on puisse dire qu’elle soit en dehors de la grâce de Dieu. Il est, il est vrai, quelques infortunés qui, ayant commis le péché irrémissible, sont abandonnés de Dieu; mais à part cette exception, je me plais à le proclamer, la souveraine miséricorde embrasse l’humanité tout entière.

Plusieurs viendront et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.

Et d’où viendront-ils, ces heureux convives qui prendront place à la table du Père de famille?

Mon texte nous l’apprend: Ils viendront d’Orient et d’Occident. Les Juifs prétendaient que tous viendraient de la Palestine, en d’autres termes, qu’il n’y aurait au ciel personne qui ne fût Juif. Renchérissant encore sur cette étroitesse de vues, les Pharisiens soutenaient que, hors de leur secte, le salut était impossible. Mais voici Jésus-Christ qui tient un tout autre langage: il affirme que de l’Orient et de l’Occident, il viendra des âmes au royaume de Dieu. C’est ainsi qu’il en viendra, n’en doutons pas, de ces lointaines contrées de la Chine, où le Seigneur semble actuellement ouvrir une si large porte à l’Évangile. Il en viendra de notre vieille Europe comme de la jeune Amérique; des régions tropicales de l’Australie comme des froides zones du Canada, de la Sibérie, de la Russie. De toutes les extrémités de la terre, il en viendra qui seront assis au banquet de Dieu.

Mais outre ce sens naturel et que j’appellerai géographique, les paroles qui nous occupent me semblent avoir un sens figuré et spirituel. Selon moi, cette expression, l’Orient et l’Occident, désigne moins les points les plus reculés du globe, que cette classe d’âmes qui, en apparence, est, pour ainsi dire, aux antipodes du royaume de Dieu. Il y a tels pêcheurs dans le monde, du salut desquels chacun désespère.

On se dit: «A quoi bon raisonner avec eux?

Quel bien pourrait-on leur faire? Tout est inutile; ils sont trop dépravés, trop avilis, trop endurcis pour qu’ils puissent jamais être ramenés à Dieu.»

O vous qui passez ainsi condamnation sur quelques-uns de vos semblables, sans vous douter qu’aux yeux de Celui qui juge justement, vous êtes peut-être plus coupables que le plus coupable d’entre eux, écoutez ce que dit Jésus-Christ dans les paroles de mon texte: Plusieurs viendront d’Orient et d’Occident et seront assis à table dans le royaume des cieux. Oui, sachez-le: des dernières limites du royaume de Satan, des derniers degrés de l’échelle du vice, plusieurs viendront qui feront partie de la multitude des rachetés, acquise au prix du sang de l’Agneau. Il y aura dans le ciel plus d’un pécheur, qui, à une époque de sa vie, s’est plongé dans la fange des passions; il y aura des intempérants; il y aura des femmes de mauvaise vie, qui, par la puissance de la grâce divine, renoncèrent, ceux-ci à leur intempérance, celles-là à leurs débordements, et vécurent pendant le reste de leurs jours sobrement, justement et religieusement.

Vous souvient-il d’un remarquable incident du ministère du grand Whitefield? Un jour, prêchant devant un nombreux auditoire, il dit que «Jésus-Christ était prêt à sauver même les rebuts du diable, c’est-à-dire les âmes que Satan lui-même trouvait à peine assez bonnes pour lui.» Le service fini, son amie, lady Huntingdon, fit comprendre à l’éminent prédicateur que cette hardiesse de langage ne lui avait point semblé tout à fait convenable. À peine venait-elle de hasarder cette remarque, lorsqu’on vint dire à Whitefield que quelqu’un désirait lui parler. Il y va, et remonte un instant après. — Madame , dit-il à lady Huntingdon, devinez qui m’attendait en bas! C’était une pauvre femme, tombée au dernier degré de l’abjection. — Oh! M. Whitefield, m’a-t-elle dit, vous nous avez assuré que Jésus recevrait les âmes même qui sont comme les rebuts du diable, et moi je suis une de ces âmes !… »

Cette parole fut le moyen de sa conversion.

Que personne ne trouve donc mauvais si les serviteurs de Christ s’adressent aux péagers et aux gens de mauvaise vie. J’ai été accusé, je le sais, d’attirer autour de moi «la vile multitude.» À cela, je réponds: Que Dieu la bénisse, cette «vile multitude,» que Dieu la sauve par mon moyen, et je serai trop honoré!

D’ailleurs, si elle est «vile,» comme on le dit, qui a plus besoin de l’Évangile qu’elle? Qui a plus besoin que Christ lui soit annoncé? Certes, ce qui manque dans notre siècle dégénère, ce ne sont pas des prédicateurs du grand monde, ce sont des hommes qui portent la bonne nouvelle du salut à ceux que l’on appelle la lie du peuple. Pour ma part, je trouve dans cette déclaration de mon texte: plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, un puissant encouragement a annoncer l’Évangile aux plus grands des pêcheurs.

Je crois, ainsi que je l’ai déjà dit, qu’à l’exception de ceux qui ont commis le péché contre le Saint-Esprit, il n’est pas d’homme sur la terre assez éloigné de Dieu pour que la grâce ne puisse l’atteindre. Je crois qu’il n’est pas jusqu’à l’un de ces malheureux, opprobre de l’espèce humaine flétris, dégradés, abrutis presque par le vice, qui, par un effet de la souveraine miséricorde, ne puisse briller un jour dans la gloire, comme la splendeur de l’étendue.

Trouvez-moi donc le dernier, le plus vil des pécheurs, je ne dédaignerai point de lui prêcher l’Évangile, car je sais que son âme immortelle est susceptible de salut, et de plus, je me souviens de cet ordre de mon Maître: Va, dans les chemins et le long des haies, et presse d’entrer ceux que tu trouveras, afin que ma maison soit remplie. — Plusieurs viendront d’Orient et d’Occident, et seront assis à table au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.

Il y a un mot encore dans ce beau passage sur lequel je désire attirer votre attention, avant de passer outre. Observez qu’il n’est pas dit: Ils pourront venir, ou: Ils viendront peut-être, mais: Ils VIENDRONT. Oh! que j’aime ces affirmations si pleines, si positives de mon Dieu!
De la part d’un homme, affirmer, c’est presque une dérision. Il promet, et le plus souvent il ne peut tenir sa promesse; il jure, et le plus souvent il viole son serment. Mais avec Dieu, quelle différence! S’il dit: «Je ferai,» il fera; s’il affirme une chose, elle a lieu. Or, il déclare ici que plusieurs viendront dans son royaume; et quand même Satan s’écrierait avec rage: «Ils n’iront pas!» — quand même leurs propres péchés leur diraient: «Vous ne pouvez y aller!» — bien plus, quand ils diraient résolument en leur cœur: «Nous ne voulons pas y aller!» ILS DIRONT, car Dieu l’a dit. — Oui, parmi ceux-là même qui aujourd’hui se moquent du salut et insultent l’Évangile, il en est, je ne crains pas de le dire, qui, tôt ou tard, seront amenés captifs à l’obéissance de Jésus-Christ.

«Mais quoi? s’écrient peut-être quelques-uns de mes auditeurs, Dieu peut-il faire de nous des chrétiens?»

Oui, vous dis-je, et c’est précisément là qu’éclate l’admirable puissance de l’Évangile. La grâce divine ne sollicite pas le consentement de l’homme, mais elle l’obtient; elle ne lui demande pas s’il la veut, mais elle lui donne de la vouloir; elle ne s’impose pas à lui, mais elle transforme tellement sa volonté que, reconnaissant sa valeur, il se prend à soupirer après elle, et la poursuit jusqu’à ce qu’il l’ait atteinte. Et comment expliquer autrement la conversion de tant d’incrédules, qui avaient dit à une époque de leur vie: «Jamais nous n’aurons rien à faire avec la religion?» 0n raconte qu’un jour un impie déclaré entra dans un lieu de culte pour entendre les chants sacrés, et qu’aussitôt que le ministre prit la parole, il mit les doigts dans ses oreilles, déterminé à ne pas écouter. Mais au bout de quelques instants, voici qu’un petit insecte vient se poser sur son visage, ce qui l’oblige, pour le chasser, à déplacer une de ses mains. À ce même moment, le ministre prononçait ces paroles: Que celui qui a des oreilles pour ouïr entende.

Surpris, remué dans sa conscience, l’incrédule écoute, et Dieu touche son cœur à salut. En sortant, il était un nouvel homme. L’impie se retira pour prier; le railleur alla verser des larmes de contrition. Celui qui était entré dans la maison de Dieu par manière de passe-temps, retourna chez lui, pressé de rechercher la communion de son Créateur. Le sceptique devint croyant; le pécheur devint un saint. — Et la transformation qui s’est produite chez cet homme, peut se produire également chez tous. La grâce divine, je le répète, n’a pas besoin de votre consentement préalable: elle saura vous donner la volonté et l’exécution selon son bon plaisir. Du cœur le plus rebelle qui s’écrie dédaigneusement: «Je n’ai que faire de l’Évangile,» elle peut, quand elle le veut, faire surgir cette humble supplication: «Seigneur, sauve-moi, ou je péris!» Mais peut-être pensez-vous que vous pouvez vous convertir sans que votre âme subisse l’action prévenante de la grâce de Dieu. Erreur, erreur funeste, mes amis. Supposons qu’en cet instant même Jésus-Christ se présentât au milieu de nous, quel accueil pensez-vous que lui ferait le plus grand nombre? «Nous le couronnerions roi,» me répondez-vous. Hélas! je n’en crois rien;  et je suis persuadé, au contraire, que la plupart d’entre vous le crucifieraient de nouveau, s’ils en avaient l’occasion. Oui, se tînt-il là, devant vous, et vous dît-il: «Me voici, je vous aime,» pas un de vous, abandonné à sa propre volonté, ne répondrait à ses avances. Fixa-t-il sur vous un de ces puissants regards capables de dompter les lions eux-mêmes; vous parlât-il avec cette voix d’où se sont échappés des flots d’une incomparable éloquence, pas un de vous, laissé à lui-même, ne deviendrait son disciple.

Ce qu’il faut, pour fléchir les résistances de notre cœur, c’est la puissance de la grâce, c’est l’influence du Saint-Esprit. Nul ne peut venir à moi, a dit Jésus-Christ, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. Mais d’une fois que de pauvres pêcheurs ont éprouvé ces attraits divins, oh! alors, ils viennent, ils accourent de l’Orient et de l’Occident. Que le monde s’agite, que le monde se moque, il n’empêchera pas le Fils de Dieu de recueillir le fruit de ses souffrances et de sa mort. Si, parmi vous, il est des âmes qui le rejettent, d’autres l’accepteront; s’il en est qui seront perdues, d’autres seront sauvées. Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, Jésus-Christ se verra de la postérité, il prolongera ses jours et le bon plaisir de l’Éternel prospèrera dans sa main. Quand le ciel, la terre et l’enfer se ligueraient ensemble, ils ne sauraient retenir loin de Jésus une seule des âmes que le Père lui a données!

Et maintenant, toi, mon frère, qui te reconnais le premier des pêcheurs, écoute-moi: je suis chargé d’un message pour toi de la part de Jésus. Il y a une âme dans cette assemblée qui se juge la plus indigne qui ait jamais existé. Il y a une âme qui se dit à elle-même: «Je ne suis pas digne que Christ m’appelle à lui…»

Âme! c’est toi que j’appelle! Toi, vile, souillée, misérable, aujourd’hui, en vertu de l’autorité que j’ai reçue de Dieu, je te presse d’aller à mon Sauveur! Il t’invite par ma voix, il te cherche, il veut te sauver. Hâte-toi donc. Jette-toi à ses pieds. Touche le sceptre de sa miséricorde, afin que tu vives. Va, essaie de mon Sauveur, essaie de mon Sauveur, te dis-je! Que s’il te rejette après que tu l’as cherché, publie en enfer qu’il a failli à ses promesses! Mais non, cela ne sera pas, cela ne peut pas être!

Jamais Dieu ne mettra dehors celui qui vient à lui, car ce serait déshonorer son alliance de grâce. Il ne repoussera pas un seul pécheur repentant, aussi longtemps qu’il sera écrit dans sa Parole: Plusieurs viendront d’Orient et d’Occident et seront assis à table, au royaume des cieux, avec Abraham, Isaac et Jacob.

La seconde partie de mon texte est navrante.

Autant il m’a été doux de parler sur la première, autant mon cœur se serre devant la pénible tâche qui se présente maintenant à moi.
Mais, comme je vous l’ai dit en commençant, les vérités de la Bible doivent être annoncées, qu’elles soient sombres ou lumineuses. Dieu me garde d’imiter jamais ce lâche ministre de la Parole, qui disait un jour à son auditoire:

«Ceux qui n’aiment pas le Seigneur Jésus-Christ, iront dans ce lieu que la politesse me défend de nommer.

Que penseriez-vous de moi, mes amis, si, voyant une maison en flamme, je disais avec affectation: «J’estime que l’opération de la combustion s’accomplit ici près?» Ne devrais-je pas bien plutôt crier de toutes mes forces: «Au feu, au feu!» de manière à être compris par tout le monde? De même, lorsque la Bible parle des ténèbres du dehors, de la perdition éternelle, moi, prédicateur de l’Évangile, dois-je jeter un voile sur cette effrayante vérité, dois-je chercher à l’adoucir par des formes de langage? A Dieu ne plaise!

Serviteur de Christ, je dois vous exposer clairement tout le conseil de mon Maître. — Encore une fois, je le reconnais, la déclaration qui va nous occuper est terrible au plus haut point.

Les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors; il y aura là des pleurs et des grincements de dents.

Et d’abord, qui sont ces enfants du royaume?

Je vais vous le dire. Autrefois, c’étaient les Juifs; aujourd’hui, ce sont ces gens qui possèdent toutes les apparences de la piété, mais qui n’ont rien de ce qui constitue sa force; ces gens, que vous pouvez voir tous les dimanches, leurs Bibles et leurs Psaumes à la main, se rendant à leur lieu de culte, posément, gravement, dévotement; ces gens enfin qui se persuadent que leur salut est une chose hors de doute, ne considérant pas que leur piété n’est qu’un pur formalisme , où le cœur n’entre pour rien. Voilà quels sont les enfants du royaume.

Ils ne possèdent ni grâce ni vie; Christ n’habite point en eux; aussi seront-ils jetés dans les ténèbres du dehors.

En second lieu, ces mots: Enfants du royaume, peuvent s’appliquer à ceux qui ont joui de grands privilèges spirituels, et plus particulièrement aux enfants de parents chrétiens.

Vous êtes des enfants du royaume, vous, mes chers auditeurs, à qui Dieu accorda l’inestimable bienfait d’avoir une pieuse mère. Ne vous souvient-il pas du temps où, vous prenant sur ses genoux, elle vous enseignait à bégayer le saint nom de Dieu, où elle vous conjurait de marcher dans les voies de la piété? Et cependant, vous êtes encore, pour la plupart, sans grâce dans le cœur, sans espérance pour l’éternité! Vous descendez, tête baissée, vers l’enfer!

Peut-être même tel d’entre vous a-t-il brisé le cœur de celle qui lui donna le jour. Oh! qui pourrait dire ce qu’elle a souffert, cette tendre mère, pendant les nuits de débauche du fils de ses prières?

Comprenez-vous, enfants du royaume, combien votre culpabilité sera aggravée, si vous périssez malgré les larmes et les supplications d’une mère chrétienne?

Pour ma part, je crois que s’il y a un damné parmi les damnés , ce sera le fils rebelle qui descendra dans l’abîme, poursuivi par le souvenir des prières de son père et le front encore humide des larmes de sa mère.

Jeunes gens et jeunes filles qui m’écoutez, il en est très probablement parmi vous (ô désolante pensée!) dont le sort sera tel; il en est qui, des ténèbres du dehors où ils seront précipités, apercevront leurs parents dans la gloire et rencontreront leur regard de reproche qui semblera leur dire: «Après tout ce que nous avons fait pour vous, comment êtes-vous tombés si bas?»

Enfants du royaume! vous que Dieu a véritablement traités comme des fils privilégiés, puisqu’il vous a entourés dès votre berceau de moyens de grâce et de salut, ne vous flattez pas d’être sauvés par cela seul que vous avez reçu une éducation chrétienne, contracté certaines habitudes religieuses , respiré dans votre famille une atmosphère de piété.
Ne vous flattez pas que la ferveur d’une mère, que la sainteté d’un père vous soient imputées.

Ne vous flattez pas même que les requêtes qu’ils ont adressées à Dieu en votre faveur, vous servent de laissez-passer à la porte du paradis

Non, le salut ne s’obtient que par des efforts personnels.
Il ne vous sera pas demandé au dernier jour: «A-t-on prié pour toi?», mais bien: As-tu prié pour toi-même? Les supplications amoncelées de vos parents, jusqu’à la troisième et quatrième génération, atteignissent-elles les nues, qu’il ne vous serait pas possible d’en faire usage comme d’un marchepied pour escalader le ciel. Si vous ne possédez une piété vivante et expérimentale, vous serez perdus, tous vos amis fussent-ils mille fois sauvés.

Bien solennel est le songe qu’eut une fois une pieuse mère et qu’elle raconta à ses enfants.

Elle rêva que le jour du jugement était venu. Les grands livres sont ouverts. Toute l’humanité est devant Dieu. Elle-même, entourée de ses enfants, se tient debout au milieu de la grande assemblée. Tout à coup, la voix du Seigneur Jésus se fait entendre: «Séparez la balle du froment, s’écrie-t-il. Placez les brebis à ma droite et les boucs à ma gauche!»

Aussitôt, un ange s’avance en disant: «La mère est une brebis: elle doit aller à la droite; les enfants sont des boucs: leur place est à la gauche. Alors il semble à cette mère que ses enfants cherchent à la retenir. «Mère, mère! ne nous quitte pas!» s’écrient-ils avec angoisse.

Et elle, les enlaçant de ses bras, leur répond avec larmes: «Mes enfants, que ne puis-je vous prendre avec moi?… », Mais à cet instant, l’ange la touche; et soudain ses larmes se sèchent. Une force surnaturelle lui est donnée; les liens du sang perdent leur empire, et n’ayant plus d’autre volonté que celle de Dieu:

«Mes enfants, dit-elle, je vous ai élevés chrétiennement; je vous ai pressés de marcher dans les sentiers du Seigneur; vous ne l’avez pas voulu: maintenant que puis-je faire, si ce n’est de dire AMEN à votre condamnation.»

Jeune homme, jeune fille, qui vivez loin de Dieu, qu’éprouverez-vous, je vous le demande, si ce songe devient jamais pour vous une affreuse réalité?
Qu’éprouverez-vous si au dernier jour vous entendez des voix bien connues, la voix de votre père, la voix de votre mère, prononcer un solennel «Amen!» à cette terrible sentence portée contre vous: Allez, maudits, au feu éternel, préparé au diable et à ses anges?…

En vérité, en vérité, je vous le dis, enfants du royaume, les mangeurs et les buveurs, les péagers et les gens de mauvaise vie vous devancent au royaume de Dieu! De grands criminels, qui auront pleuré sur leurs péchés au pied de la croix de Jésus, seront sauvés; des impies, des blasphémateurs, des pécheurs scandaleux, convertis par la grâce de Dieu, seront sauvés; tandis que plusieurs d’entre vous seront jetés dehors, simplement parce qu’ils n’auront pas voulu donner leur cœur au Seigneur Jésus-Christ, ni accepter franchement son Évangile.

Et ne sera-ce pas pour vous la douleur des douleurs , le supplice des supplices , l’enfer de l’enfer, que de voir le premier des pécheurs couché dans le sein d’Abraham , tandis que vous, enfants du royaume, fils aîné de la maison , que Dieu avait fait naître, pour ainsi dire , au seuil même du ciel, serez au nombre des réprouvés?

Mais prêtez-moi quelques instants encore votre attention, car je dois entreprendre la lamentable tâche de vous décrire le sort affreux réservé à ceux qui vivent et meurent loin de Dieu.

Jésus-Christ nous dit qu’ils seront jetés dans les ténèbres du dehors; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Remarquez, en premier lieu, qu’il n’est pas dit: Ils iront, mais: Ils seront jetés.

Je me représente un enfant du royaume, un hypocrite, un formaliste, arrivant à la porte du ciel. La souveraine justice, le reconnaissant à l’instant, ordonne à un ange de le saisir et de l’envoyer en son lieu.

Aussitôt l’ange obéit; il le lie pieds et mains, et le tient suspendu au-dessus de l’abîme. Le malheureux frémit, son cœur défaille, ses os se fondent comme de la cire.

Il cherche à mesurer du regard le gouffre béant, le gouffre sans fond qui va l’engloutir. Il entend des soupirs, des gémissements, des cris de désespoir qui s’échappent de ce gouffre…

Où est maintenant ta force tant vantée, ô pécheur? Où est ton audace, ton orgueilleuse assurance?

Tu trembles, tu pleures, tu demandes grâce, mais il est trop tard!
L’ange ouvre sa main, et tu tombes, tu tombes, tu tomberas éternellement, de profondeur en profondeur, d’abîme en abîme, sans jamais trouver un lieu où tu puisses asseoir la plante de ton pied! Tu seras jeté dans les ténèbres du dehors.

Et que signifie cette expression: les ténèbres du dehors?

Dans le langage scripturaire, le mot lumière doit se prendre, en général, dans le sens d’espérance; d’où il s’ensuit naturellement que par ténèbres du dehors, nous devons entendre un lieu d’où l’espoir est à jamais banni.

Y a-t-il un homme vivant qui ait cessé d’espérer? Je ne le pense pas.
Peut-être l’un de vous a-t-il contracté des dettes; ses créanciers le menacent de saisir tous ses biens; mais n’importe! il dit: «Je suis dans un mauvais pas, c’est vrai; cependant je puis en sortir; tout n’est pas perdu; j’espère.»

Un autre est à la veille de voir son commerce ruiné. «J’en suis profondément affligé, dit-il; mais après tout, j’ai de bons bras, je travaillerai, la fortune peut encore me sourire; j’espère.»

Un troisième dit à son tour: «De pénibles soucis m’assiègent en ce moment, mais j’espère que Dieu me viendra en aide.»

Quant à moi, reprend un quatrième, j’ai un ami gravement malade; à vues humaines, son état est désespéré; toutefois, j’espère qu’une crise favorable se déclarera enfin.» C’est ainsi que dans ce monde, chacun espère. Mais en enfer, on n’espère plus. Les damnés n’ont pas même l’espérance de mourir, l’espérance d’être anéantis. Ils sont irrévocablement, éternellement perdus.

Sur chaque chaîne de l’enfer sont gravés ces mots: POUR TOUJOURS! Le feu de l’enfer inscrit de toutes parts en caractères flamboyants, ces mêmes mots: POUR TOUJOURS!Les yeux des damnés sont comme brûlés par la vue de ce fatal arrêt qui renouvelle incessamment leur désespoir: POUR TOUJOURS!

Oh! si je pouvais vous annoncer aujourd’hui que l’enfer serait un jour détruit, que ceux qui y sont détenus seraient finalement sauvés, il me semble que les régions infernales tout entières tresailleraient d’allégresse! Mais non, je ne le puis pas. Je dois vous dire, au contraire, que les enfants du royaume seront jetés pour toujours dans les ténèbres du dehors.

Mais j’ai hâte d’en finir, car quel est l’homme qui aurait le courage d’entretenir longtemps ses semblables sur de tels sujets?… Cependant, il faut que je poursuive ma tâche jusqu’au bout.

Que fait-on en enfer?

Mon texte nous l’apprend. Il y a des pleurs et des grincements de dents.
On ne grince les dents, vous le savez, que lorsqu’on est en proie à une vive souffrance, ou sous l’impression d’une grande colère. Eh bien! en enfer, il y a des grincements de dents perpétuels.

Savez-vous pourquoi?

Un damné grince des dents contre un autre damné, et murmure: «C’est toi, misérable, qui m’as conduit ici! C’est toi qui m’entraînas dans la voie du vice! › Et l’autre lui répond, en grinçant des dents à son tour:

«Qu’as-tu à me reprocher? N’est-ce pas ton exemple qui par la suite m’incita à m’enfoncer toujours plus dans l’iniquité?»

Une fille grince des dents contre sa mère, en lui disant: «Tu m’as perdue corps et âme!» et la mère, grinçant des dents contre sa fille, répond: «Je n’ai point de pitié pour toi, car tu m’as surpassée en débauche.»

Des pères grincent des dents contre leurs fils, et des fils contre leurs pères.

Et s’il y a des damnés qui grincent des dents avec plus d’amertume que tous les autres, il me semble que ce doit être les lâches séducteurs qui entendent la voix de celles qu’ils détournèrent jadis du sentier de la vertu, leur criant sans cesse avec une horrible ironie: «Ah! combien nous sommes heureuses de vous voir souffrir autant que nous !…»

Mais en voilà assez. Détournons nos yeux de cet épouvantable spectacle. Qui voudrait le contempler plus longtemps?

Je vous ai avertis solennellement, mes chers auditeurs. Je vous ai parlé de la colère à venir. Les ombres du soir s’avancent, — la nuit approche, — le matin de l’éternité va paraître. — Il va paraître pour vous, vieillards, que j’aperçois au milieu de cette assemblée: dans quel état vous trouvera-t-il?

Vos cheveux blancs sont-ils pour vous une couronne d’honneur, ou bien avez-vous attiré sur eux le mépris et la risée de tous?

Êtes-vous au seuil du ciel, ou bien votre pied chancelant tremble-t-il déjà au bord de l’abîme? Pauvres vieillards, au front ridé, à la démarche vacillante, voulez-vous donc franchir le dernier pas qui vous sépare de la perdition?

Celui qui vous parle n’est, il est vrai, pour les années que comme un enfant auprès de vous; toutefois, souffrez qu’en cet instant il vous arrête et vous supplie de réfléchir. Déjà le bâton qui vous soutient ne rencontre plus de point d’appui; la terre cède sous vos pieds….. Oh! avant qu’il soit trop tard, rentrez en vous-mêmes et considérez vos voies! Que soixante-dix années passées dans le péché se dressent devant vous.

Que les fantômes de vos transgressions sans nombre se rangent en bataille sous vos yeux.

Que comptez-vous faire, je vous le demande, lorsque ces soixante-dix années perdues sans retour, ces soixante-dix années de rébellion contre Dieu, comparaîtront avec vous devant le tribunal suprême?

Oh! vieillards, vieillards, que Dieu vous donne de vous repentir aujourd’hui même et de placer votre confiance en Jésus!

Et vous, hommes de l’âge mûr, vous n’êtes pas en sûreté non plus. Pour vous aussi, les ombres du soir approchent à grands pas. D’un instant à l’autre, la mort peut vous frapper. Il y a quelques jours à peine, je fus mandé de grand matin auprès du lit d’un mourant: c’était un homme dans la force de l’âge, naguère encore plein de vigueur et de santé. Je me rendis en toute hâte à sa demeure; mais lorsque j’entrai, je ne trouvai plus qu’un cadavre.

Ce qui est arrivé à cet homme peut arriver à chacun de vous, mes amis. Vous n’avez aucune garantie, aucune donnée certaine touchant la durée de votre existence. Demain, vous pouvez mourir.

Permettez-moi donc de vous parler au nom des compassions de Dieu.
Permettez-moi de m’adresser à vous, comme un frère s’adresserait à ses frères. Je vous aime, vous le savez; c’est pourquoi je voudrais que mes paroles pénétrassent dans votre cœur. Oh! quelle bénédiction, quelle joie ineffable que d’être du nombre de ces plusieurs qui, pour l’amour de Christ, seront admis au royaume des cieux!

Eh bien! cette joie, cette bénédiction, vous pouvez les obtenir; car Dieu a déclaré que quiconque l’invoquera sera sauvé. Il ne mettra dehors aucune âme qui s’approchera de lui par Christ.

Un mot à vous aussi, jeunes gens et jeunes filles.

Vous pensez, peut-être, que la piété ne vous concerne point. «Jouissons de la vie, dites-vous; soyons gais, soyons joyeux.» Et jusques à quand, jeune homme, jusques à quand comptes-tu marcher comme ton cœur te mène?
«Jusqu’à vingt et un ans,» dira l’un; «jusqu’à trente,» dira l’autre. Mais que sais-tu, mon frère, si tu atteindras jamais cet âge?

D’ailleurs, en admettant que tu y arrives, souviens-toi que si aujourd’hui tu ne veux pas ouvrir ton cœur à la grâce de Dieu, tu le voudras bien moins alors.

Le cœur humain, laissé à lui-même, ne se bonifie pas; tout au contraire. Il est semblable à un jardin: si vous souffrez qu’il reste inculte et que vous permettiez aux mauvaises herbes de s’y multiplier, son état ira tous les jours en empirant.

À entendre les hommes, on dirait, en vérité, qu’ils peuvent se repentir quand il leur plaît. Ah! la véritable repentance n’est pas une œuvre si facile; c’est Dieu qui doit la produire en nous, et malheur à celui qui laisse passer le jour de sa visitation! Au lieu donc de répéter avec une présomptueuse confiance: «Je me convertirai à telle ou telle époque,» que le langage de votre cœur soit celui-ci: «Je veux aller à Dieu aujourd’hui même et lui demander de faire son œuvre en moi, de peur que je ne meure dans mon impénitence.»

Que vous dirai-je encore, mes chers auditeurs?

Je vous ai parlé du ciel et de l’enfer, désirez-vous sérieusement échapper à l’un et parvenir à l’autre? Dans ce cas, écoutez cette simple parole qui vous indique ce que vous avez à faire pour atteindre ce double but: Celui qui croira sera sauvé. Mais il me semble entendre quelques-uns de vous m’interpeller en ces termes:

«Prédicateur de l’Évangile, tu en reviens toujours aux mêmes doctrines. N’as-tu donc rien de nouveau à nous annoncer? La foi, toujours la foi, c’est le refrain de tous tes discours.»

Non, mes amis, non, je n’ai absolument rien à vous annoncer que le vieil Évangile, — l’Évangile toujours le même, parce qu’il est toujours vrai, — l’Évangile qui se résume tout entier dans cette seule déclaration: Celui qui croira sera sauvé.

Or, qu’est-ce que croire?

C’est se confier entièrement en Jésus. Pierre croyait, Pierre se confiait en son divin Maître lorsqu’il lui fut donné d’aller à sa rencontre en marchant sur les flots; et si unmoment il commença à enfoncer, c’est parce qu’à ce même moment sa foi commença à défaillir.

Et de même que Jésus avait dit à Pierre: «Viens, marche sur la mer, n’aie point de peur;» de même, il te dit, pauvre pécheur:

«Viens à moi, marche sur tes péchés, ne crains rien.» Aie donc foi à la parole de Christ et tu seras rendu capable de fouler tes péchés aux pieds; tu les subjugueras, tu triompheras sur eux.»

Il me souvient du temps où, moi qui vous parle, je me rencontrai, pour la première fois, face à face avec mes iniquités. Je me crus le plus grand des pécheurs, le plus maudit des hommes. Je n’avais pas commis, il est vrai, ce que le monde appelle des fautes criantes; mais je me souvenais qu’ayant plus reçu que les autres, il me serait aussi plus redemandé.

Mon salut me semblait presque une impossibilité; toutefois, je priais, je demandais grâce; mais mois après mois s’écoulait sans que je reçusse de réponse à mes prières. Parfois, j’étais si las de ce monde que je souhaitais la mort; mais ensuite, je songeais au monde à venir et je frémissais d’effroi. Tantôt mon méchant cœur me suggérait la pensée que Dieu devait être un tyran sans entrailles, puisqu’il ne répondait pas à mes cris; et tantôt, humilié dans le sentiment de mes démérites, je reconnaissais que s’il m’envoyait en enfer, il ne serait que juste.

J’étais dans cet état, lorsqu’un jour j’entrai dans un lieu de culte. Le prédicateur — (que je n’ai jamais revu depuis lors et que je ne reverrai probablement que dans le ciel) ouvrit la Bible et lut ces paroles d’Ésaïe:
Vous tous les bouts de la terre, regardez vers moi et soyez sauvés. Puis, se tournant de mon côté, comme s’il m’eût distingué au milieu de la foule, il répéta par trois fois, d’une voix impressive, ce mot: Regardez, regardez, regardez!

Et moi, qui jusqu’alors m’étais persuadé que pour me sauver j’avais tant à faire , je découvris enfin qu’il ne s’agissait que de regarder! Moi, qui avais cru que je devais me tisser laborieusement un vêtement pour cacher les souillures de mon âme, je compris que Christ, en échange d’un seul regard, me couvrirait d’un manteau royal!

Oui, regarder à Jésus, voilà, pécheur, ce qu’est le salut.
Tu n’as, pour être sauvé, qu’à regarder à la croix, tout comme les Israélites dans le désert n’avaient qu’à élever leurs yeux vers le serpent d’airain pour être guéris de leurs blessures.

Regarde donc à Jésus, mon frère. Jésus seul peut faire du bien aux pêcheurs.
Regarde à lui avec la simplicité d’un petit enfant. Ne crains point; il ne trompera pas ton attente. Tu ne saurais jamais te confier avec trop d’abandon en mon charitable Maître.

Et maintenant, mes chers auditeurs, laissez-moi vous supplier en finissant, comme je l’ai déjà fait en commençant, de peser attentivement mes paroles.
Demandez-vous quel est votre état spirituel, et puisse le Saint-Esprit vous révéler que vous êtes par nature morts, perdus, condamnés!

Puisse-t-il vous faire sentir combien c’est une chose terrible que de tomber en enfer, et vous donner la sainte ambition de parvenir à la gloire du ciel! Et comme autrefois l’ange qui pressait Lot de s’enfuir de Sodome, puisse ce même Esprit vous presser, vous prendre par la main et vous dire de sa voix puissante: Hâte-toi! sauve la vie! ne regarde pas en arrière, de peur que tu ne périsses!

Oui, hâtez-vous, hâtons-nous. Et Dieu veuille qu’au grand jour de l’éternité nous nous retrouvions tous dans la félicité des cieux!